Car si le bénéfice du doute a finalement profité à dix des quatorze accusés, acquittés à l’issue de ce procès, nul ne peut douter, à voir l’état des deux jeunes qui leur faisaient face, de la violence et du traumatisme irrémédiable qu’elles ont subis.

Je pense à elles et je leur souhaite bien sûr de trouver la force et le courage de se reconstruire. Mais je doute que ce procès, et la façon dont il a été instruit, les y aide.

Il y a tout d’abord cette lenteur intolérable de la justice. Certes, les deux jeunes femmes ont porté plainte longtemps après les faits mais cela même est symptomatique d’une justice, et donc d’une société, qui peinent à entendre la parole des femmes victimes de violences, de viols en l’occurrence. Et une fois les faits dénoncés, qui leur imposent encore des délais insoutenables, avant d’entamer le procès !

Délais insoutenables qui, dans ce cas précis, ont fini par profiter aux accusés qui, tous, à une exception, comparaissaient libres et mènent une vie « honorable », à en croire leurs avocats. Alors, soit, dix d’entre eux ont été acquittés. Mais, pour les quatre autres, reconnus coupables de viols, comment expliquer une telle clémence ? Rappelons qu’en droit pénal, le viol est puni de 20 ans de réclusion criminelle. L’excuse de minorité au moment des faits peut réduire la peine à 10 ans. Dans ce procès, l’avocate générale avait requis des peines de 5 à 7 ans de prison pour huit accusés. Et, finalement, quatre hommes, reconnus coupables, ont été condamnés à des peines allant de 3 ans avec sursis à un an de prison ferme !

Par ses propres faiblesses, ses propres défaillances, la justice se condamne à être injuste. Car, même 13 ans après les faits, condamner les auteurs reconnus d’un viol à de la prison avec sursis, c’est ne rendre service à personne : ni aux femmes victimes, ni aux hommes violents, ni à la société tout entière.

En écrivant ces lignes, je pense donc à toutes ces femmes qui hésitent à parler, à briser la loi du silence pour dénoncer les viols, les violences dont elles sont, ou ont été, victimes. Et j’ai envie de leur dire qu’il ne faut pas renoncer à le faire, que leur parole sera entendue. Même si, des matins comme aujourd’hui, j’ai moi-même du mal à y croire.