Aurore Martin a été livrée aux autorités espagnoles en raison de son engagement au sein de Batasuna, parti légal et autorisé en France. Elle risque douze années de prison en Espagne pour son engagement politique. Alors que la gauche patriotique basque est à nouveau légalisée en Espagne puisque elle a été autorisée à concourir aux élections régionales espagnoles et alors même qu’elle est revenue en force au sein des institutions publiques du Pays Basques espagnol, cette arrestation et cette extradition sont à contre sens de l’histoire.

En effet Il y a moins de 3 semaines, la coalition indépendantiste basque EH Bildu a obtenu 21 sièges sur 75 lors des élections au parlement basque. EH Bildu qui est la continuité politique de Batasuna est donc devenue la seconde force politique du Pays Basque espagnol.

Ce soutien populaire et démocratique à la gauche patriotique basque résulte de l’enracinement de la question basque dans la vie politique du Pays Basque espagnol mais aussi des perspectives de paix qui se sont ouvertes avec l’annonce il y a un an du cessez le feu de l’ETA. Cela pouvait laisser penser qu’une nouvelle époque s’ouvrait.

Face à cette situation nouvelle qui pouvait ouvrir le chemin de la paix et du règlement politique de la question basque il est intolérable que le gouvernement français par la voix et l’action de son ministre de l’intérieur choisissent de s’aligner sur la politique du pire de la justice et de la police espagnole dans leur lutte contre ETA et la gauche patriotique basque.

En effet, moins d’une semaine après les arrestations en France à Mâcon de militants clandestins d’ETA et cela malgré le cessez le feu de cette organisation, et seulement trois jours après les déclarations sécuritaires de Manuel Valls sur le Pays Basque dans la presse espagnole, la gendarmerie française vient d’arrêter Aurore Martin.

Si l’on voulait pousser la gauche patriotique basque à reprendre le tragique chemin de la lutte armée on ne s’y prendrait pas autrement. Car en arrêtant des militants d’ETA en France alors même qu’ETA a décrété un cessez le feu quel espace donne t-on à ses membres pour qu’ils renoncent pleinement à la lutte armée ?

Mais le pire c’est évidemment de lier cette traque des militants d’ETA à la situation qui est faite à Aurore Martin. Avec le cas d’Aurore Martin, l’Etat Français est, de fait, en train de pousser dans la clandestinité un mouvement politique qui agit dans le respect des règles démocratiques sur son territoire. Une dizaine d’autres militants basques français sont sous le coup de Mandat d’arrêt européen. En envoyant ces militants devant une juridiction d’exception étrangère le gouvernement Hollande accepte d’opprimer des idées sous couvert de diplomatie internationale. C’est d’autant plus révoltant que le candidat Hollande s’était lui-même prononcé pour que ce mandat d’extradition européen ne soit pas appliqué à Aurore Martin. Et c’est sous l’autorité du président Hollande qu’Aurore martin est arrêtée puis extradée. Le président Hollande ajoute donc le parjure à l’injustice.

En faisant appliquer ce Mandat d’Arrêt Européen à Aurore Martin, Manuel Valls et le gouvernement de François Hollande s’oppose à la résolution démocratique du conflit politique basque, alors même que les appels sont de plus en plus nombreux et divers pour réclamer la paix en Pays Basque.

On voudrait saboter la mise en place du processus de paix en Pays Basque que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Je déplore évidement cette attitude inacceptable et irresponsable.

Au-delà du cas important d’Aurore Martin, c’est acte judiciaire et politique est gravissime pour les libertés publiques et pour tous les militants en Europe.

Aurore Martin n'est poursuivie par aucune procédure française. Les faits qui lui sont reprochés par l’Etat Espagnol ne sont d'ailleurs pas reconnus par l'Etat Français. Et pourtant le mandat d'arrêt européen permet donc à un citoyen européen d'être poursuivie, arrêté et extradé pour des faits qui ne sont pas condamnables dans l'état où il réside et dans lequel il a la citoyenneté et la nationalité...

Imaginons qu’un état européen verse dans un schéma politique autoritaire. Par exemple pour rester dans le concret prenons la situation de la Hongrie qui est aujourd’hui gouvernée par une coalition d’extrême droite et de droite autoritaire qui opprime les roms. Si ce même Etat Hongrois annonçait qu'il considère tout soutien aux roms comme un acte relevant d’une atteinte à la sureté de son état, est ce que la France arrêterait et expulserait ses propres citoyens soucieux de soutenir le droit démocratique de ces populations ?

Sur la question basque c’est ce que vient de faire la France. Elle a laissé un autre état définir ce qui était légal ou non pour ses citoyens. En l’occurrence dans le cas d’Aurore Martin le droit d’exprimer démocratiquement l’idée que le Pays Basque peut être indépendant et socialiste.

En ces jours tristes pour la démocratie française mes pensées vont évidemment à Aurore Martin et à ses proches. Elle est aujourd’hui incarcérée et risque d’être condamnée à une lourde peine de prison. Chacun d'entre nous se doit de réfléchir à la situation en Pays Basque et aux alternatives qu’imposent les Etats Français et Espagnol à la résolution de ce conflit politique.

Dans cette épreuve qui lui est infligée je relais la demande de son comité de soutien qui demande à chacun de lui témoigner son soutien en lui écrivant : Aurore Martin CENTRO PENITENCIARIO MADRID V (SOTO DEL REAL). Ctra. Comarcal 611, km. 37,6 28770 Soto del Real (Madrid) Par ces lettres nous montrerons à l’Etat Espagnol que nous ne tolérons pas qu’il importe en France sa vision sécuritaire et autoritaire de la résolution de la question basque.